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  • David Passard

L'hypnose de spectacle, trucage ou réalité ?


Avez-vous déjà assisté à un spectacle d’hypnose ? Si c’est déjà le cas, peut-être en êtes vous ressortis sceptique ? Pour les personnes n’ayant jamais été spectatrice de ce type d’expérience, voici ce que vous pourriez potentiellement voir : des personnes ayant l’air de s’endormir instantanément, de changer momentanément de personnalité ou même un homme pensant accoucher, le tout guidé par les suggestions de l'hypnotiseur. Assez incroyable et pourtant…



Un pouvoir tout relatif


Rien n’est truqué. En revanche, l’absence de complice ne donne pas plus d’indices sur la façon dont de tels miracles sont possibles…


Pendant longtemps, l’hypnose a été considérée comme relevant d’un don propre à l’hypnotiseur. Au XXVIIIème siècle, l’un des précurseurs de l’hypnose, Franz Anton Mesmer (aucun lien avec l’hypnotiseur du même nom, de notre époque), était ainsi convaincu qu’il réalisait des “passes magnétiques” permettant de faire vivre à ses patient·es des “crises magnétiques”. L’hypnose thérapeutique s’est ensuite progressivement démystifiée pour finalement en arriver aux approches actuelles. L’état d’hypnose y est alors le plus souvent co-construit avec la personne hypnotisée.


En parallèle, l’hypnose de spectacles a longtemps gardé une image de phénomène de foire, une pratique mystérieuse qui fascine autant qu’elle suscite des craintes. L’hypnotiseur y est présenté comme ayant une sorte de pouvoir, une aura lui permettant de faire agir ses volontaires selon sa volonté. L’hypnotiseur star actuel, Messmer, est lui aussi présenté lors de ses interventions télévisées comme ayant une sorte de magnétisme, un charisme lui permettant de faire vivre des choses folles à ses volontaires.





Et pourtant, tout le monde est capable d’hypnotiser, il n’existe pas de don à ce sujet. Vous qui lisez ces lignes, qui que vous soyez, avec un peu de travail vous pouvez apprendre à accompagner quelqu’un vers un état d’hypnose.


Deux raisons principales peuvent alors expliquer l’ambiguïté entretenue à ce sujet par certains hypnotiseurs de spectacles. La première, eh bien c’est tout simplement qu’il s’agit justement d’un spectacle ! Certes un spectacle participatif sur un thème particulier, mais un spectacle tout de même. Le public s’attend à être diverti, surpris, étonné, à vivre toutes sortes d’émotions… Quoi de mieux pour cela que de jouer un personnage scénique répondant au mieux à ces attentes.


La seconde raison est d’ordre un peu plus technique. En effet, beaucoup de paramètres entrant en jeux pour créer un état d’hypnose chez une personne. Ce serait trop long de tous les détailler ici, mais nous pouvons retenir que les attentes que l’hypnotisé·e a vis-à-vis de l’hypnotiseur sont une variable importante. A votre avis, même en ayant désormais en tête que tout le monde est capable d’hypnotiser, l’expérience fonctionnerait-elle mieux si c’était “Messmer le fascinateur” qui la menait, ou votre petit cousin de 10 ans qui a envie de tester l’hypnose sur vous ? En se façonnant un personnage créant de fortes attentes dans son public, l’hypnotiseur de spectacle augmente ainsi le taux de personnes qui y sont réceptives à l’hypnose. Ou plutôt, le taux de personnes réceptives parmi son public à une certaine forme d’hypnose très directive.


Car si tout le monde peut hypnotiser, tout le monde est-il bien réceptif ?



Réceptivité VS Apprentissage


Jusqu’à la moitié du XXème siècle était pratiqué une hypnose très directive, où la volonté du sujet était complètement assujettie à celle de l’hypnotiseur. L’Abbé Faria, un autre grand nom de l’hypnose, avait ainsi pour habitude de simplement demander “Dormez, je le veux” aux personnes qu’il souhaitait hypnotiser. Une phrase qui sonne comme un cliché, mais qui est pourtant restée bien ancrée dans l’imaginaire collectif. Différentes techniques ont été élaborées au fil des décennies suivantes, mais elle étaient toujours basées sur cette approche très directive. Bien sûr, cette façon de faire ne fonctionnait pas sur tout le monde.


C’est ainsi que s’est construit le mythe des personnes non-réceptives, des sujets résistant à l’hypnose. En réalité, elles ne sont tout simplement pas réceptives à un type d’hypnose, très directif. Certaines personnes ont juste besoin d’un peu plus de temps pour apprendre, parfois besoin d’être rassurées, de tester, de maîtriser un peu plus par elles même leur expérience…


Suite à ce constat, Milton Erickson a développé au cours du XXème siècle une autre approche, plus douce et permissive, permettant à tout un chacun d’entrer à son rythme dans un état d’hypnose. Aujourd’hui appelée Hypnose Ericksonienne, énormément d’écoles et de praticienn·e·s se revendique comme descendants de cette approche. L’idée principale est de construire l’état d’hypnose et l’accompagnement à partir de ce qu’amène la personne (par exemple facilitée à ressentir de la légèreté dans une partie du corps plutôt que de la lourdeur), plutôt que d’imposer ses propres suggestion.


Autrement dit, l’hypnose de spectacle classique serait comme proposer quelques vêtements à taille unique au public présent dans la salle. Peu importe s’ils ne vont pas à la majorité des gens présents, les quelques personnes à qui ils iront comme un gant suffiront pour monter sur scène et assurer le show ! L’hypnose thérapeutique serait quand à elle comme une sorte de costume ou robe hypnotique sur-mesure, créé spécialement pour s’ajuster parfaitement à la personne en face.





Cependant, le sur-mesure prends du temps, un temps précieux dont un hypnotiseur ne dispose pas pendant son spectacle. Il effectue alors différents tests sur le public en début de spectacle. Ils permettent de mettre rapidement en évidence les personnes réceptives à une hypnose très directives, plus facile à utiliser en spectacle et plus spectaculaire. De la même façon, les personnes participant à une émission télévisée passent elles aussi des tests avant l’enregistrement de l’émission.



Tout le monde est donc réceptif à l’hypnose, mais les personnes qui montent sur scène lors d’un spectacle sont beaucoup plus réceptives que la moyenne à une hypnose très directive.




Comme nous avons pu le voir un hypnotiseur de spectacle n’a aucun pouvoir et chacun est hypnotisable. Mais il reste tout de même un artiste mettant en scène en direct une histoire avec des comédiens amateurs, changeant à chaque représentation. Pas si simple ! Certains artistes tels que Derren Brown emploient différentes techniques pour pousser encore plus loin leur spectacle, mélangeant l’hypnose à certaines illusions et techniques de mentalisme. Plus proche de nous, Jean-Emmanuel Combe a lancé en France dans les années 2010 propose le mouvement Street Hypnose. Il propose à tout un chacun de vivre une expérience d’hypnose ludique gratuite dans la rue, une approche plus personnalisée de ce qui peut être vécu en hypnose de spectacle. Quand je ne suis pas à mon cabinet d’hypnose à Nantes, il m’arrive d’ailleurs d’hypnotiser ainsi dans la rue...


Peut-être donc à bientôt dans les rues de Nantes pour vous faire vivre une belle expérience hypnotique !

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